Frédéric Pesme : « Europe : préparer la guerre qui vient, sans les Américains »
Depuis 2014, et plus encore depuis 2022, les Européens ont profondément révisé leur
approche de la défense. La perspective d’un conflit majeur sur le continent, longtemps jugée
improbable, est désormais intégrée dans les discours politiques et militaires. Plusieurs
responsables européens évoquent ouvertement la possibilité d’une guerre avec la Russie dans
les années à venir. Si les scénarios divergent, un consensus émerge : Moscou pourrait
retrouver une capacité offensive significative d’ici cinq ans.
Cette menace s’inscrit dans un contexte de dégradation de la relation transatlantique. La
Stratégie de Sécurité Nationale (NSS – 2025), puis la Stratégie de Défense Nationale (NDS –
2026) des États-Unis insistent sur le fait que l’Europe doit désormais assumer une part
beaucoup plus importante du fardeau sécuritaire et renforcent l’ambiguïté sur l’attitude de
Washington en cas de conflit en Europe1. Cette ambiguïté a été ravivée par la manière dont
les alliés européens ont été traités lors de la crise groenlandaise qui suscite des interrogations
sur la hiérarchie réelle des priorités américaines et sur l’avenir de l’OTAN.
Les Européens, qui ont sous-traité leur sécurité pendant des décennies, doivent donc se
préparer à assumer davantage de responsabilités, ce qui suppose d’acquérir les capacités qui
leur font défaut.
