La dissuasion nucléaire, outil fragile de l’équilibre otanien

Illustration de l'article sur la dissuasion nucléaire au sein de l'OTAN

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Lors de la signature du traité de l’Atlantique Nord, la dissuasion nucléaire était déjà discutée entre les pays impliqués. Le contexte de guerre froide régnant en 1949 rendait la défense collective (y compris nucléaire) particulièrement centrale, plaçant l’outil nucléaire au cœur de la formation de l’alliance.

Cependant, les visions sur cette dernière différaient tout de même et ce dès l’entrée en jeu. À titre d’exemple récent, la Finlande, qui a rejoint l’OTAN en avril 2023, avait précédemment adopté une loi interdisant la présence d’armes nucléaires sur son territoire. Cette loi a été levée en juin dernier, au regard du contexte international. Malgré tout, les trois premières années que la Finlande a passées au sein de l’alliance avec cette loi montrent les ambivalences qui existent dans le rapport à la dissuasion nucléaire. Les différents États membres n’ont pas forcément les mêmes dispositions à l’égard de ces dernières. Toutefois, la dissuasion demeure une condition fondatrice de l’alliance. Pourtant, il semble naturel de questionner la fragilité des liens entre les membres à travers ces divergences. D’autant plus que l’on observe les évolutions récentes des relations transatlantiques. Dès lors, la dissuasion nucléaire pourrait apparaître à la fois fondatrice et fragilisante pour l’équilibre de l’alliance.

Un outil historiquement ambivalent

L’ambivalence de la dissuasion nucléaire suscite aujourd’hui des interrogations quant à sa durabilité et sa stabilité.

Durant la guerre froide, qui s’apparente au 1er âge nucléaire, la menace imminente de la prolifération balayait tous les doutes quant à la nécessité d’une dissuasion américaine élargie. Les deux utilisations de l’arme atomique par les États-Unis avaient alors provoqué de profonds changements dans les relations internationales. Changements qui ont mené à terme à la création de l’OTAN et de son pendant nucléaire. Le nucléaire au sein de l’OTAN incarnait une garantie de l’alliance face à la puissance de l’autre bloc.

C’est alors qu’à la fin de cette période, l’absence de menace nucléaire directe dans le monde a mis à mal l’utilité première de la dissuasion élargie. En effet, sous l’effet du 2e âge nucléaire ainsi que de l’effondrement du bloc de l’est, le caractère essentiel de cette dissuasion a pu être remis en cause au sein même de l’alliance. Ces remises en question, plus que de simples désaccords, ont pu porter atteinte à la crédibilité politique de la dissuasion sur laquelle elle repose entièrement. En 1998, des partis de gauche allemands proposent la No First Use Policy, qui, comme son nom l’indique, aurait réduit les occasions d’utiliser la dissuasion nucléaire. Même sans s’intéresser au contenu de ces critiques ou remises en question, le simple fait qu’elles soient présentes dans les divers cercles de réflexion prouve une fragilisation du dispositif. La dissuasion nucléaire repose entièrement sur la crédibilité que les autres États accordent à la possibilité réelle de son emploi. On peut alors observer que des reconsidérations internes remettent en question la stabilité de la dissuasion otanienne.

Néanmoins, les évènements suivant l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 ont partiellement fait taire ces questionnements. C’est ce qu’on pourrait observer comme un 3e âge nucléaire qui s’étendrait jusqu’à aujourd’hui et qu’il faudrait alors définir.

Toutefois, ce troisième âge viendrait, lui aussi, avec une certaine difficulté. Notamment lié au contexte politique actuel des États-Unis. Les décalages entre l’administration états-unienne et les autres pays de l’alliance posent encore une fois des questions de crédibilité dans le contexte actuel.

Fragilisation contemporaine du modèle

Dans les opinions publiques européennes la question du doute sur la fiabilité des États-Unis à agir pour l’Europe en cas de crise majeure, est aujourd’hui présente. Ce point fait d’autant plus de sens quand on constate que l’administration états-unienne est l’une des principales porteuses des doutes sur la stabilité du modèle de dissuasion, nucléaire comme conventionnel. Difficile de passer à côté des injonctions à davantage de participation des autres pays à leur propre défense. Pourtant, le conflit au Moyen-Orient, dans lequel les États-Unis sont impliqués, permet de répondre partiellement à cette question. Étant géographiquement loin du théâtre des opérations, l’accès dont ils bénéficient aux bases et aux espaces aériens de leurs alliés européens présente un avantage qui permet de relativiser les fragilités de l’alliance sur ce sujet. Malgré les atteintes à la crédibilité de la dissuasion et les divergences internes, la nécessité de cet outil en Europe, au vu des menaces russes et des exigences militaires états-uniennes, offre une certaine stabilité au modèle.

Alors, bien qu’ambivalente, la dissuasion nucléaire de l’OTAN nécessiterait seulement pour certains des ajustements au troisième âge nucléaire sans pour autant qu’elle indique la fin de la fiabilité du modèle.

Ajustement complexe

Ajustement susceptible de survenir dans le cadre d’une redistribution des responsabilités nucléaires en Europe. Néanmoins, il risquerait de provoquer une désolidarisation au sein de l’alliance, ce qui fragiliserait encore davantage l’outil nucléaire. La dissuasion nucléaire avancée française récemment proposée a, par exemple, suscité des réactions variées reflétant des clivages susceptibles de résulter d’un changement profond.

En Allemagne, Boris Pistorius, ministre fédéral de la Défense depuis 2023, perçoit la dissuasion proposée par le président français comme une potentielle défiance vis-à-vis des États-Unis. Cela pourrait conduire encore une fois à une fragilisation qui risquerait de voir ces membres se désolidariser les uns des autres au travers de leurs opinions.

Cette désolidarisation survient également au sein même des gouvernements. En Pologne, le premier ministre Donald Tusk renvoyait des signaux favorables à l’initiative française, tandis que Marcin Przydacz, député et ancien membre du gouvernement, soutenait le maintien du fonctionnement actuel, basé sur le nucléaire américain.

Enfin, pour d’autres, la question posée est différente, plutôt fondée sur la crédibilité de cette initiative que sur ses conséquences pour la stabilité. De la même façon que le doute plane sur la réaction des États-Unis en cas de nécessité, le doute sur l’action de la France nucléaire en cas de violation des intérêts vitaux d’autres États alliés est évoqué à de nombreuses reprises. Ainsi, même la solution envisagée pour la fragilisation de l’outil nucléaire de l’OTAN semble, elle aussi, présenter des fragilités.

Conclusion

En bref, la question nucléaire est et a toujours été un point clivant au sein de l’OTAN. Bien que cette dissuasion soit nécessaire et à l’origine de l’alliance, son obsolescence en cas de désolidarisation reste une possibilité. Les divergences entre les membres en font un outil ambivalent, à la fois de fragilisation et de renforcement des positions de l’alliance. Au global, le nucléaire otanien reste efficace et les changements précédents en matière de dissuasion dans les relations internationales ont montré la capacité d’adaptation du modèle, ce qui permet de rester largement optimiste quant à de futurs ajustements.

Lessa Laloux


Lessa Laloux est étudiante à Sciences Po Saint-Germain et passionnée par les relations internationales. Elle souhaite, à travers la maîtrise des langues (anglais/espagnol) et une expérience comme celle de cet article, construire une carrière dans ce domaine.

Les articles publiés dans le Journal de l’AFCEA expriment uniquement le point de vue de leurs auteurs. Article publié initialement sur LinkedIn le 8 septembre 2026. Illustration : 2026 Istanbul NATO Parliamentary Summit (kureansiklopedi.com).

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