Que retenir de la Conférence de Munich sur la sécurité 2026 ? Le point de vue d’Alexandre Vulic

Illustration de l'article sur la Conférence de Munich sur la sécurité 2026

Depuis 1963, la Conférence de Munich sur la sécurité réunit chaque février des responsables des pays de l’OTAN, de l’Union européenne et du monde entier pour débattre de la défense de l’Europe, des relations transatlantiques et des grands enjeux de sécurité internationale.

Trois membres de l’AFCEA étaient présents à l’édition 2026 : Alexandre Vulic, Élie Tenenbaum et Camille Grand. Diplomate, spécialiste des questions de défense en contexte multinational, Alexandre Vulic partage ce qu’il faut en retenir.


1. Le changement dans la relation transatlantique, pour ne pas dire la rupture, introduite lors de la conférence de février 2025 notamment par le discours du vice-président américain James D. Vance, est confirmé par le discours de Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis, et les messages de Elbridge A. Colby, sous-secrétaire américain à la Guerre, dans la ligne des nouvelles stratégies de sécurité et de défense américaines : du « partage du fardeau » au « passage du fardeau ». Beaucoup d’alliés européens veulent néanmoins y voir un message d’apaisement et feignent d’y voir une certaine normalisation promettant une coopération renouvelée.

Le message du président Macron sur la nécessité pour les Européens de redoubler d’efforts avec confiance en eux-mêmes a été d’autant plus important dans ce contexte : l’heure ne peut être à l’illusion mais à la consolidation d’une voie européenne responsable et autonome pour répondre aux exigences de la nouvelle relation et d’en assurer la stabilisation. Pour autant, au-delà des applaudissements, ce discours ne suffit sans doute pas à convaincre des perspectives de réalisation concrète, dans un contexte où les marges de manœuvre de la France sont perçues comme limitées et bornées par l’échéance politique de 2027.

Au total, même s’il demeure, le lien transatlantique évolue de manière structurelle et les intérêts bien (ou mal) compris reçoivent désormais la priorité sur les valeurs, alors que c’est le contraire en Europe. Et c’est aussi pourquoi il n’y a pas de quoi se réjouir de l’évolution de l’Alliance depuis l’entrée du président Trump dans l’arène : l’unité de l’occident, qui a une valeur en soi, n’est donc plus évidente et ne repose plus, à écouter Rubio qui l’invoque pourtant, ni sur un dessein commun ni sur la puissance au service de la paix et de la sécurité : deux fondements qui vont nous manquer d’autant plus qu’on ne voit pas comment l’apaisement de la Russie à la faveur d’un hypothétique accord de cessez-le-feu en Ukraine pourrait convaincre la Chine de se montrer plus circonspecte et modérée en Asie. Le contraire paraît plus probable.

2. La complémentarité du discours du chancelier Friedrich Merz et du président Macron a été d’autant plus remarquée et appréciée qu’elle est le signe d’une compréhension franco-allemande mutuelle dans un moment de défis et de baisse de régime pour cette relation toujours structurante pour l’Europe : le chancelier fédéral Merz a pris acte de la fin du monde transatlantique d’hier, tandis que le président français a tracé la voie de l’Europe puissance en devenir à partir de ce qu’elle a réalisé. Le sujet du rôle européen de la dissuasion française a suscité un intérêt renouvelé et l’intervention annoncée d’Emmanuel Macron le 27 février sera très attendue. Reste que les nuances et différences sur les conditions industrielles des ambitions en matière de défense restent entières et manifestement sensibles, comme en attestent le scepticisme ambiant sur la réalisation du système de combat aérien du futur (SCAF) et la manière dont les Allemands semblent considérer que la France n’a plus les moyens d’imposer ses conditions face à leur propre industrie compte-tenu des capacités d’investissement inférieures de la France.

3. Et les points chauds du globe dans tout cela ? Les faits sont têtus : l’Ukraine est restée le sujet dominant par rapport aux ambitions de la Conférence de Munich sur la sécurité de favoriser un dialogue mondialisé et une discussion sur la Chine. Le président Volodymyr Zelensky est resté 36 heures, a prononcé un discours remarqué et a reçu le prix Ewald von Kleist. Sa délégation a utilisé à plein le cadre qui lui était offert – avec un immeuble entier (« Ukraine House ») qui accueillait une exposition sur le rôle de l’innovation technologique de défense face à la Russie, et notamment les drones de production ukrainienne et la recherche de la paix par la puissance et la « défense de la défense ». Une manière d’adresser un double message : sans paix juste et capacité de dissuasion suffisamment crédible à l’égard de Moscou, le danger et l’incertitude resteront tels en Europe qu’il sera difficile, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, de mobiliser toute l’énergie et les ressources nécessaires face aux autres défis ; sans innovation et adaptation suffisante des alliés de l’OTAN aux nouvelles méthodes d’affrontement observables en Ukraine, le péril risque fort de croître, comme l’ont révélé récemment les enseignements de l’exercice Hedgehog 2025 de l’Alliance atlantique.

Sur le Moyen-Orient, la présence de Reza Pahlavi (accompagnée de manifestations de soutien de l’émigration iranienne dans le centre ville de Munich) a été notée.

Cette Conférence de Munich sur la sécurité a aussi réservé une place inédite à l’innovation technologique de défense, avec de très nombreux événements en marge consacrés à ce sujet. Les Ukrainiens l’ont particulièrement souligné.

La Bavière, qui abrite un tiers de l’industrie de défense allemande et se positionne pour attirer investissements allemands et européens, vient d’inaugurer un centre d’innovation de défense près de Munich, qui pourrait préfigurer une agence d’innovation de défense allemande voire européenne.

Nous y voyons une piste prometteuse : donner la priorité à la coopération dans l’innovation technologique de défense en franco-allemand pourrait permettre de s’engager davantage sur un sujet nécessaire et moins politisé que le SCAF. C’est aussi et dès maintenant une invitation à amener davantage d’entreprises françaises dans un écosystème de défense allemand qui croît et innove d’autant plus vite qu’il repose sur la réponse d’industries innovantes.

Alexandre Vulic


Cet article exprime uniquement le point de vue de son auteur. Article publié initialement sur LinkedIn le 19 février 2026.

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